l'anus est la région la plus érotisée, et la satisfaction anale est investie indépendamment de l'orgasme génital.
La névrose obsessionnelle est le négatif de cette perversion, elle est défense contre ce stade anal si dérangeant.
Depuis, je bois de l'eau qui s'appellerio Quezac(R)
Tchiki boum, tchiki boum
Ah tchiki boum, tchiki boum boum.
On remontait au bar recharger nos bières comme si c'eût été du carburant pour nos virées d’en bas, au degré des cabines et du labyrinthe.
Alors on repartait avec nos verres remplis à ras du bord qu'on semait forcément en marchant, laissant derrière nous une traînée.
En bas, on se tenait contre les murs aux endroits de passage et on riait comme des idiotes.
Tout s'y prêtait : Les hommes qui venaient vers nous, fragiles, qui nous tripotaient gentiment et qu'on renvoyait en gloussant.
Ou celui qui, mendiant allongé nu sur le sling, attendait avec un regard, vide dans la pleine pénombre du backroom.
Notre insolence et la désinvolture des solitudes troquées contre du sexe en lumière tamisée nous faisaient rire.
L'alcool aussi, nous avait rendu ivre.
C'était comme si on était détachés de ce pourquoi tout le monde était là, sans aucun respect. Pour nous-mêmes, sans rien, pareils.
Alors, on s’accrochait à un homme qui passait là, on se tenait à lui pour ne pas tituber et on disait des trucs, des trucs sur son âge ou sur ses désirs, des trucs qu’on ne demande pas à moins de les faire … son prénom, son métier, sa détresse.
A. faisait tout haut des remarques. Des plus méchante, peut-être.
Enfin, dans au fond d’un recoin où je regardais les hommes, A. s'est laissait faire.
Très vite, il est tombé à genoux.
Dans le brouillard alcoolisé, je voyais des mouvements et sa tête en va-et-vient et puis d'autres hommes sont venus, et très vite A. s’est perdu dans la masse floue d’une nuée mouvante qui, à mesure, renvoyait des gémissements et l’éclat de leur peaux blanches.
Je regardais les corps qui se rapprochaient et s'éloignaient, qui entamaient une danse sur place, difficile, avec plusieurs meneurs et un tempo lâche.
Et l'épure blanche de sa peau touchée.
A. gémissait.
Et puis A. s'est levé, il dominait ce monceau accroupi, il a levé ses mains pour s'appuyer contre le mur de cette cave, et autour de lui, ces petites formes floues le tripotaient, le caressaient, semblaient vouloir lui voler la meilleure part de son corps, le mangeait.
Il m'a jeté un œil.
Moi j'avais envie de l’aimer.
Et aussi l’envie de devenir invisible dans un recoin. Qu'on ne me voit pas, qu'on ne s'imagine pas un seul instant qu'il s’est passé quelque chose.
Je sais que c'est irrationnel de croire que s'aimer protège et de craindre que, après que l'amour a cessé, que l'autre ne coure un danger. Je sais : Ma névrose amoureuse est statistique.
Marie Hélène était d'origine Portugaise et je jouais souvent avec elle dans la cité.
A l'époque, on faisait du patin à roulettes sur les trottoirs qui nous entouraient et parfois on se déchaussait pour aller dans les buissons de buis se montrer nos quéquettes. Je crois que je l'aimais ... mais les roulettes à patins, j'étais pas doué.
Dans le buis, elle m'a appris à chanter l'enfant et l'oiseau.
Celle-là, je sais la faire encore. C'est atroce, je sais toujours.
Et quand je ne la saurai plus, j'aurai cessé de l'aimer.
mayhem ne ressent plus que cette petite balle qui plombe l'estomac de temps en traces, et laisse, trait vertical de la gorge au vagin, cette vérité-là qui, passionnément, abat tout.
Alors je dirais ça « Je me suis perdu ».
Mais maintenant je le sais, et quand on peut dire ce qu’on le sait et même s'inventer une raison de le savoir, alors c'est qu'il est grand temps de passer à autre chose.
Je dirais « J’ai cru et je me suis perdu » et je dirais « Tchao ! » et si on restait sans fuir face à moi, je crierais très fort en faisant les gros yeux que je suis binaire, que c'est blanc ou noir et pas autre chose. Jamais autre chose.
Noir ou pas.
Après je passerais.
Je me convaincrais de ce que j'ai raconté, d'une part pour que l'on me croie sur parole, d'autre part parce que ça m'arrangerais bien d'avoir solutionné tout ça.
Bien ou pas.
Il y a des mots que j’emploie rarement, comme « greffon », par exemple.
« Greffon », c’est rare chez moi.
J’ai dû dire « greffon » en parlant la fille qui me collait toujours en 4ème, celle qu’avait des cheveux qu’on aurait dit de la paille de fer rouillée. Quelle collasse celle-là !
Ensuite, j’ai peut-être dit « greffon » parfois, mais peu fréquemment. Je n’abuse pas de ce mot.
La dernière fois que j’ai dit « greffon », c’était il y a deux ans. Je m’en souviens parce que ça désignait un ancien amant.
A l’inverse, il y a des mots que j’emploie souvent comme « merde », « chié » ou « con ».
Ca m’arrive tout le temps dans un bar, au boulot, chez Franprix® : Je passe au rayon fromages, je vois un Saint Marcellin™ que je voudrais bien me taper, je regarde le prix et je lâche « merde les cons ! ‘ sont chiés ».
Je dis des gros mots facilement.
C’est pour ça que je ne vais jamais dans les bars ou au rayon fromage en costard Hugo Boss® : je crains de paraître vulgaire sur moi. Je reste en jeans et en runnings, et ça me va bien mieux.
Par contre, il y a des mots que je ne dis jamais.
Par exemple « uropygienne » (adj. f., du grec oura queue et de pugê, la fesse, se dit d’une glande graisseuse chez certains volatiles).
C’est vrai que ce n’est pas courant et qu’au petit déjeuner, entre la tartine et le café, on a rarement l’occasion … quoi que … la courge ...
Mais demain, je vais essayer de dire « uropygienne » entre 13h30 et 17h15.
Ce sera chouette.
Il y a des mots que je ne dis plus comme « pissenlit ».
« Pissenlit » = pisse au lit, ça ne me fait plus rie. J’ai plus 11 ans ! J’ai évolué, j’ai pris des poils. Et puis à Paris, les pissenlits … À part le Père Lachaise, je vois pas ! Déjà que l’incontinence me guette … ça me fait entrevoir les racines à l’envers.
Tiens, demain, j’essaierai quand même de caser « pissenlit » avec « uropygienne ».
Peut-être dans la même phrase si je suis fort.
« Epilateur auriculaire », ça, je ne l’avais jamais dit avant 38 ans.
Je le dis régulièrement depuis. Un jour, les poils sont sortis en touffes de mes oreilles et j’ai voulu leur faire la peau, à ces petits fumiers.
Le même jour, j’ai dit (4 fois sans frais) « épilateur auriculaire » au BHV, avec extension de garantie si possible, en jean et en laissant échapper « Oh p’tain ! » en regardant le sourire du caissier.
Et puis il y a les mots que je ne sais plus dire. Je sais qu’ils existent. Des fois, ils sont simples … des fois, c’est l’évidence. Ca m’auto-consterne, cette impuissance à dire ces mots.
En général, quand je suis dans cette impasse, je mange du Saint Marcellin™ 45% de matières grasses sur des tartines.
Et puis j’écris.
Et le temps passe et puis le silence.
Ce soir, j’ai la tête d’un mec qui ferme les yeux.
A une époque, j’étais comme un baigneur en celluloïd. On me couchait, je fermais les yeux et voilà. A cette époque, on m’appelait « Mon bébé ».
Juste avant qu’on me couche, on me lisait des histoires, des contes avec des fins magnifiques où les cochons gagnaient, où le loup était bousillé par des chasseurs en musique, où ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.
C’est plus tard, quand on m’appelait encore « Totor » à cause d’un conte en face B d’un 45 tours de Pierre Perret, que j’ai compris que tout le monde ne se mariait pas et n’avait pas forcément des enfants.
Je crois que j’avais découvert que les princes à mâchoires carrées qui contaient bluette aux va-nu-pieds, les hommes blonds presque rouquins, roux comme le garçon qui jouait dans le jardin d’à côté, je les aimais.
Faut dire, j’avais déjà des poils sous les bras et la sueur qui s’y mêlait …
Alors je devais bien savoir que les nains, tout entassés dans une même chambre, petits mais costauds comme les bonbons Krema®, c’est pas de Blanche Neige qu’ils rêvaient : Ils la couchaient dans un cercueil comme un baigneur dans un berceau, elle fermait les yeux et ils se tapaient le Prince.
A 23 ans, je n’ai plus cru aux contes de fées. J’avais des poils partout et la dent longue. Je mangeais encore des bonbons mais savais qu’il n’y a pas tant de couronnements, que les princes sont parfois hétérosexuels et que les cochons gagnent souvent.
Ce soir, je tente de fermer les yeux comme un baigneur pour que le loup, mon frère, m’appelle « Mon bébé ».