Sophie et moi.

Sophie reçoit un texto et fait la gueule.
Je sais, j’étais là, avec elle. J’ai vu.
On allait faire un ramdam de vendredi soir chez des potes bobos de «The Bigger Splashes» et on faisait la queue à la caisse du Franprix pour payer le pinard.
Quand son portable a buzzé.
Elle fouille son sac, trouve le téléphone sous le lipstick, lit, me regarde, relit.
Se tait.
Me dit : «J’comprends rien. P’tain, j’ai même pas encore pris de coke, pourtant ! Lis, toi … explique.»
Je lis : «Cela fait un moment que je veux vous écrire et répondre … »
Vu le style, ça ne peut être que ce bande mou de G., son mec …
Je reprends :
«En même temps, il me semble préférable de vous parler et de dire ce que j’ai à vous dire de vive voix, mais du moins cela sera-t-il écrit … »
Il faut dire que G. m’a toujours fait chier dès qu’il ouvrait la bouche, même dans les soirées branchées, même pour pousser un rôt.
A l’écrit, finalement, c’est pire.
Je jette un regard à Sophie médusée qui, comme folle, dépose, déconfite, le jaja sur le tapis de caisse.
Je me remets à la lecture :
«Pourquoi renoncer à ce qui aurait été préférable ? …»
Je pense que c’est l’époque du bac de philo et que c’aurait été un beau sujet …
Je saute des lignes parce que c’est trop naze-gnangnan …
« Comme vous l’avez vu, j’allais mal tous ces derniers temps, comme si je ne me retrouvais plus dans ma propre existence … Une sorte d’angoisse terrible contre laquelle je ne peux pas grand-chose … blablabla, blablabla »
Bref, ma bonne vieille, t’es larguée dans les grandes largeurs …
En fait, à l’intérieur, c’est elle qui paye les bouteilles par carte bleue pendant que je finis la logorrhée de l’autre.
Je me marre, je continue :
«J’allais mal, vous l’avez vu, j’allais mal … blablabla … mais aujourd’hui, prenez soin de vous. »
Pffff ... C'est pas du Baudelaire!!!
On est sorti.
Près du métro Pyrénées, Sophie pose les boutanches, s’adosse au kiosque, me fait : « Alors, qu’est ce que t’en penses ? »
Je relis : « … mais aujourd’hui, prenez soin de vous. »
Je prends une pause, fouille l’air de rien dans mon sac à dos et lui tends un Prozac®.
Je réponds : « Ben … Rien … C’est un con ! »
Total, je ne suis pas en photo, je suis même pas cité dans l’expo de la géniale Sophie à la biennale de Venise. Elle a préféré Catherine Solano, Jeanne Moreau et une grosse chanteuse lyrique.
Sophie est une névrosée et folle.
Géniale. Donc.
14/06/07 - 22:14
je meurs d'envie de voir cette expo.
enholio